Savoir que tu ne répondra plus à l'appel nous laisse un goût étrange, et il encore trop tôt pour le réaliser vraiment.

De toi, nous aurions pu évoquer mille choses, mille souvenirs, sans prétendre pour autant qu'il te résument. mais aujourd'hui, c'est l'image du vélo qui s'impose. Parce que c'est cela qui t'as fait rencontrer maman, que dans ta course 4 enfants ont jalonné les étapes. Mais surtout parce que depuis le mois de juin tu t'es attaqué à une côte redoutable et fait une échappée qui nous laisse désormais loin derrière toi.

Cette côte, tu la connaissais depuis peu. Tu savais qu'elle serait raide et escarpée. Tu savais que tu l'affronterais, lucide sur ce qu'il y avait au bout, sans pour autant jamais mettre le pied à terre. Tu ne l'aurais jamais supporté. Les derniers temps tu répétais: "j'en ai marre, j'en ai marre" bien résolu à affronter l'inéluctable, dignement, courageusement. Pour nous, c'est une grande leçon qui nous aidera toute la vie.

Mais ce qui nous aide aujourd'hui le plus à supporter ta mort, c'est la manière dont tu es parvenu au sommet, luttant contre l'essoufflement, tu as jeté sur nous un dernier regard, celui qui dit :" ça y est, j'y suis arrivé, et vous êtes là pour le voir" traduisant à la fois l'acceptation de ta mort et le réconfort de ne pas être seul. Tu n'es pas parti tout seul, c'est notre seule consolation. c'est même le plus cadeau que tu ai pu nous faire, nous permettant de supporter de te voir partir.

Un dernier souffle, au terme de l'ascension, et puis tu t'es laissé descendre, bientôt consumé par la vitesse, traçant ainsi pour tes enfants et tes petits enfants un sillage, dans la poursuite de ton échappée.

Ce texte est celui que nous avons écrit avec mes frères et lu lors de ses obsèques et que je souhaitais faire partager.

 Cela fait un mois et  sa disparition nous laisse toujours un sentiment étrange, un épuisement physique et moral mais la vie continue.